Newsletter 2009

Djivan Gasparyan – The Soul of Armenia

Nous avons terminé l’année 2008 avec beaucoup de satisfaction et aussi de fierté car les trois dernières publications « Djivan Gasparian – The Soul of Armenia », « Desert Blues III » et « Raki Records – Psarantonis mit Mountain Rebels » ont tous trois obtenu le Prix de la critique du disque allemand. Les membres du jury qui décerne ce prix tous les trimestres aux meilleures publications sont des experts musicaux reconnus, indépendants de l’industrie phonographique. Dans la distinction offerte au portrait de Djivan Gasparian, il s’agit certainement aussi d’un salut devant la performance de ce grand maître et de sa musique pleine d’émotions sur le hautbois doudouk en bois d’abricotier. Récompensé fut aussi le fait que, bien que très âgé, Djivan, ait réalisé pour cette édition de merveilleux nouveaux enregistrements à Los Angeles et dans son pays, l’Arménie, avec entre autres la participation du L.A. Classic Ensemble, d’une harpiste, d’un pianiste, de luths orientaux et de plusieurs doudouks. Parallèlement aux Prix décernés en Allemagne, cette production a été placée numéro 1 dans le European World Music Charts durant deux mois et choisie par Songlines pour le « Top of the World ».

Desert Blues buy CD

Après l’énorme succès remporté par Desert Blues I et II, nous avions hésité longtemps à poursuivre ce voyage à travers la musique calme de l’Afrique. Mais précisément dans ces dernières années, une quantité de nouveaux enregistrements passionnants et surprenants ont été réalisés. Certains d’entre eux venant de petits labels peu distribués sur le marché international. Et tous de très grande qualité d’enregistrement. On nous dit bien souvent : « C’est incroyable que vous puissiez parvenir à garder ce haut niveau de qualité, et même d’arriver encore à le dépasser. » L’éloge international de la presse pour Desert Blues III a été dans la même veine. A titre d’exemple, un extrait d’une critique parue dans le FAZ (Frankfurter Allgemeine Zeitung) : « Un joyau qui suit le modèle. 2 heures et quart de prodige de sensibilité et de recherche de beauté, un panorama de sons avec une infinité de couleurs et une multitude de formes. »

« Courageux » ou « fous », c’est que nous avons bien souvent entendu lorsque, dans ces temps difficiles pour l’industrie phonographique, nous avons créé le label Raki Records. C’était bien un vieux rêve qui ne devait pas rester en rade. Lorsque le joueur de lyre légendaire, Psarantonis donna son accord pour enregistrer un album avec les membres de la famille du célèbre clan Xylouris qui jouent habituellement dans différentes formations, nous nous sommes immédiatement déclarés prêts à ouvrir ce label encore vierge avec un brillant projet. Nous venons juste d’apprendre qu’ils sont prêts à aller donner des concerts en Europe sous cette formation, cela ne peut qu’enrichir la scène live internationale.

Georgia Dagaki CD

Encouragé par l’accueil international élogieux recueilli par ce projet, nous avons décidé quelques mois plus tard de réaliser un nouveau projet pour Raki Records. Christian Scholze fit connaissance de Georgia Dagaki lors d’un concert de Peridis donné dans une grande cave, salle de concerts : « J’étais assis derrière une grosse colonne et je ne pouvais voir que la moitié de la scène. Tout à coup, du coin que je ne pouvais voir, retentirent les sons d’une lyre comme je n’en avais jamais entendu auparavant : sphériques, magiques, très profonds. Et de plus, cette voix d’abord rauque, expressive comme on les entend dans les vielles tavernes de rembetiko. Je quittai ma place pour voir toute la scène. La lyre, normalement presque toujours exclusivement jouée par les hommes, était ici dans les mains d’une jeune femme. Elle chantait les yeux fermés. La beauté de cette femme et sa musique se mêlaient pour donner quelque chose d’unique. Cet événement s’était profondément gravé dans mon esprit. »

« Je suis forte et je suis prête ! »

Peu de temps après, Georgia et son management rendirent visite à Christian dans sa maison au sud de la Crète. Ils discutèrent du répertoire, de l’auto-limitation au marché local de la plupart des labels grecs et par conséquent sur la présence trop rare des artistes grecs sur la scène internationale. Georgia interrompit la discussion, regarda Christian dans les yeux et déclara : « Je suis forte et je suis prête ! »
Les enregistrements pour l’album « Georgia Dagaki – Secret Love » commencèrent deux mois plus tard à Athènes où l’agitation dans les rues d’une jeunesse insatisfaite s’était provisoirement calmée. De nombreux morceaux furent créés et sont publiés ici pour la première fois. De nouveaux arrangements pour des chansons ayant un lien historique furent écrits. Georgia a suivi son intuition, ses sentiments, sa voix intérieure, rien n’était artificiel ou calculé.

Sevda - Sevdali Dunya - CD online

Lors de notre premier voyage en Azerbaïdjan à l’occasion du premier album de Sevda « A flower in Bloom », nous avions fait connaissance à Bakou au bord de la mer Caspienne de la scène de jazz pleine de dynamisme. La musique traditionnelle du pays, le muqam est composé de nombreuses improvisations. Ce n’est donc pas surprenant que les nombreux musiciens qui ont grandi avec cette musique se soient laisser séduire avec passion. Il allait de soi que le nouveau projet avec Sevda serait basé sur le lien entre ces mondes musicaux. Avec beaucoup d’engagement et de désir de création, Sevda et son ensemble – tous musiciens de grande virtuosité – se lancèrent dans cette nouvelle tâche. Le résultat est magnifique. La parution de l’album « Sevda Alekperzadeh – Worlds of Love » a été salué en Europe par plusieurs concerts qui se terminèrent par des ovations debout. Les réactions de la presse ont été très positives. Ainsi la FAZ (Frankfurter Allgemeine Zeitung), dont la page culture est considérée comme la plus sérieuse d’Allemagne, fit l’éloge en ces termes : « Les phrasés parfaits et l’énergie toujours aux aguets, avec par conséquent une dynamique qui passe de douces mélodies à des improvisations explosives. Passant d’espaces sombres à de sublimes sommets, Sevda développe une force rayonnante capable d’allier l’ornementation du muqam de l’Asie centrale au souljazz occidental. De temps à autre, Sevda renforce son expression dans les jazz-scats improvisés ou bien dans les plaintes impétueuses expressives d’une diva de la musique soul. » Le Frankfurter Rundschau voit même dans les « phrasés de jazz et le chant scat d’une Sevda pleine de fraîcheur et de simplicité. » un rappel d’Ella Fitzgerald.
Au moment des adieux à l’aéroport, Sevda nous cria encore : « Merci ! Les concerts ont été fantastiques, cela nous a fait extrêmement plaisir. S’il vous plaît, organisez encore pleins d’autres concerts, on est tous prêts à revenir ! » Voilà quelque chose qui remplit de joie le label.

“Woodstock de l'Est”

Golden Brass Summit – 40 Years of Guca - buy DVD

Mais déjà, nous travaillons sur deux nouveaux projets. Lorsque Illija Stankovic, co-organisateur depuis de nombreuses années et accompagnateur médiatique du plus grand festival de cuivres de Guca, rendit visite à Christian en Crète, il lui montra les prises de vue de ce festival endiablé, également dénommé « le Woodstock de l’est ». De là, sont nés deux rêves : 1 : pourquoi ne pas illustrer le festival en complément au document acoustique « Golden Brasse Summit – 40 Years of Guca » avec un DVD ? 2 : pourquoi ne pas inviter à des enregistrements communs les grands maîtres des orchestres de cuivres qui, à Guca, sont en compétition et qui, souvent derrière la scène, se lancent jusqu’à l’excès dans des jam sessions qui se prolongent tard dans la nuit ? Ces deux rêves sont maintenant réalisés.
Au début de l’année, les bandleaders qui avaient été sollicités et leurs groupes se rencontrèrent dans un vieil hôtel respectable en rénovation situé près de la frontière du Kosovo. Très vite, le bruit concernant le projet se répandit et d’autres groupes les rejoignirent. A peine arrivés, la neige les bloqua pendant des jours avec impossibilité de repartir mais avec suffisamment de boissons et de nourriture. Plus d’une cinquantaine de musiciens jouèrent dans une véritable euphorie. Comme apogée de cette euphorie musicale, fut créé le « Hot Water Festival », ensemble de mélodies roms cultes dans lequel les trompettes, les tubes, les clarinettes, les saxophones jouèrent de magnifiques solis en toute liberté et exubérance. Cette extraordinaire Balkan-Fiesta de 35 minutes a été encadrée de balades dans lesquels les cuivres sont accompagnés par les sons mélancoliques des accordéons, violons, guitares ainsi que par des percussionnistes rastafaris. Ne craignant rien, l’équipe d’enregistrement avait présenté le projet dans Internet et c’est ainsi que des musiciens du monde entier s’associèrent à cette fête insolite. Ainsi le titre de ces sessions « Gypsy Croovz Orchestra goes TuttuMundi – Night Train for Lovers and Thieves » illustre parfaitement l’évènement.

Guca Festival - DVD

Les enregistrements étaient à peine terminés que nous avons commencé à sélectionner l’énorme quantité de prises de vue réalisées lors du festival de Guca. 70 caméras, en partie sur des grues, fixèrent tout ce qui se passait sur les scènes et dans les fêtes nocturnes souvent complètement délirantes. Sur le DVD de 90 minutes, nous assistons de tout près à l’imposante ouverture du festival avec plus de 400 cuivres, à la compétition entre les bands pour la trompette en or, à des jams sessions déchaînées en marge du festival, aux préparations et à l’expérience de la catharsis de quelques musiciens, aux fêtes avec des danseuses sur les tables, aux dégustations culinaires, au mélange de générations et de populations en pleine euphorie.

Gypsy Groovz Orchestra goes TuttuMundi – Night Train for Lovers and Thieves

Non seulement le travail sur le DVD nous a amené à repenser fondamentalement à un certain nombre de choses nous menant à une série de nouvelles idées, mais aussi les transformations du domaine musical, les voies de communications et distributions ayant fortement changé ces dernières années. En complément aux structures traditionnelles efficaces mais devenues insuffisantes, nous devons nous adapter à un avenir en changement. Jusqu’à l’automne, la présence interactive de Network changera nettement pas à pas. Notre site Internet va être complètement refait avec de nombreux liens internes et externes. Parallèlement, sera mis en place un système important pour tous de « paid downloads » international géré par un système centralisé et offrant de multiples possibilités.
Avec le nom « TuttiMundi.TV », déjà enregistré, nous complèterons efficacement, espérons-le, notre présence audiovisuelle. Il s’agit ici d’une plate forme, également ouverte à nos partenaires proches. La concurrence inutile à l’intérieur d’un petit segment de marché, le protectionnisme et le vol des idées n’ont servi qu’à nuire au marché et ne devraient plus être maintenant que de l’histoire ancienne. Le but devrait plutôt être de montrer la très haute qualité du domaine de la musique des cultures du monde et de faire connaître à un large public ce précieux patrimoine culturel. Si un jour, devait se mettre en place un grand festival spectaculaire des musiques du monde, organisé en commun, un grand rêve s’accomplirait. Cependant, l’expérience du « ensemble, nous sommes plus forts » n’est pas vraiment facile à construire dans le domaine de la musique. Mais nous nous mettons à l’ouvrage, même à petits pas.
Pour notre trentième anniversaire en automne, il y aura toute une série d’éditions spéciales. Les musiciens du monde entier nous ont comblé durant 30 années et, à des prix d’anniversaire abordables, nous remercierons le public qui nous accompagné avec intérêt et fidélité et nous ferons aussi, espérons-le, le bonheur des nouveaux venus.